Coût du nucléaire militaire
Un article de Wikiverts.
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Introduction
2005, 60ème anniversaire d’Hiroshima et Nagazaki, année de mobilisation pour un monde libéré de toute armes nucléaires
L’année 2005 sera particulièrement importante avec, à New York, la Conférence d’examen des Etats parties au Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP).
C’est pourquoi "Une campagne Abolition maintenant" est lancée. Une grande pétition internationale y est disponible. Cela sera ausi le soixantième anniversaire de la destruction d’Hiroshima et Nagasaki par des bombes nucléaires américaines
Les promoteurs de cette campagne ont souhaité aussi que chaque citoyen, ou groupes de citoyens, associations ou mouvements, s’engagent pour soutenir les maires de ces deux villes dans leur campagne d’urgence invitant les élus et et les gouvernements à se mobiliser et agir, lors de ce soixantième aniversaire, pour une monde libéré de toute armes nucléaires.
Nous conseillons aussi la lecture d'un texte [1] écrit en 2005 par Robert McNamara, proche conseiller de J.F. Kennedy, qui a vécu la crise de Cuba en 1962, et qui remet en cause la politique de défense nucléaire. Il pense qu'utiliser l'arme nucléaire comme outil de politique étrangère est immoral, illégal et mortellement dangereux. Un traduction est en cours dans : Bientôt l'apocalypse.
La statégie française
La stratégie de dissuasion est née, en France, avec la déclaration du président De Gaulle le 3 novembre 1959 : "Puisqu’on peut détruire la France éventuellement, à partir de n’importe quel point du monde, il faut que notre force soit faite pour agir ou que ce soit sur la terre".
Depuis, la dissuasion continue de reposer sur 2 dogmes :
- Seule l’arme nucléaire a en charge la défense des "intérêts vitaux de la France"
- "Les forces nucléaires stratégiques sont faites pour dissuader les grandes puissances atomiques"
Selon cette vision, rien n’est trop beau, rien n’est trop cher pour la force océanique stratégique, composante essentielle des forces de dissuasion française !
Les importants et coûteux travaux sont en cours sur le site "secret de Guenvenez", à 4 km de L’île longue sur la presqu’ile de Crozon (Bretagne). Ils ont fait l’objet d’une rapide "inspection" par la Ministre de la défense, Michèle Alliot Marie, le mercredi 12 janvier 2004.
Si la France a dû renoncer aux essais réels, elle n’en continue pas moins de développer et de moderniser activement son armement nucléaire. C’est donc une pérennisation des armes nucléaires pour une très longue période qui est organisée.
Les travaux en cours (2005)
C’est dans ce contexte inquiétant que la ministre de la défense, Michèle Alliot Marie, est venue, à L’Ile longue (haut lieu stratégique de la dissuasion nucléaire française) sur la presqu’île de Crozon réaffirmer, sans surprise, que « la dissuasion est l’assurance-vie du pays en terme de défense géostratégique ».
Le but officiel était vérifier l’état d’avancement du très vaste chantier d’agrandissement des 2 ateliers de montage des missiles nucléaires des sous-marins français de la force de dissuasion sur le site "secret" de Guenvenez sur la prequ’île de Crozon à 4 km de l’Ile Longue, berceau de La Force Océanique Stratégique.
La presse locale n’avait pas de mots assez forts pour évoquer les travaux en cours :
- "500 ouvriers employés sur le chantier pendant 3 ans"
- "une structure métallique pour les deux bâtiments concernés proche du poids de la Tour Eiffel"
- "l’un plus importants chantiers bretons"...
Des travaux inscrits dans la loi de programmation nucléaire pour les années 2003-2008 qui conforte l’arme nucléaire.
Ils coïncident avec la mise au point du nouveau missile de type M-51 qui équipera à partir de 2010 les sous-marins nucléaires de dernière génération et remplacera les missiles M 45 actuels (50 millions d’euros chacun pour une durée de vie de 10 ans maximum). 60 missiles M-51 seront assemblés à Guenvenez avant d’être armés à l’Ile Longue.
La force de dissuasion
La force océanique stratégique
A l’île Longue, la Force dite de dissuasion se compose de 4 sous-marins lanceurs d’engins basés à Brest et l’Ile Longue qui embarquent entre 110 et 130 sous-mariniers pour des missions en mer de 70 jours :
- L’Inflexible lancé en 1985 (en service jusqu’en 2008)
- Le Triomphant lancé en 1997
- Le Téméraire lancé en 1999
- Le Vigilant lancé en 2004
- Le Terrible qui sera lancé en 2010 directement équipé des nouveaux missiles M-51 Chaque sous-marin SNLE, équipé de 16 missiles eux mêmes vecteurs de 6 têtes nucléaires de 150 kt chacun, en tout 288 Têtes nucléaires N-75. Chaque missile a une puissance de destruction égale à 100 fois Hiroshima.
Le personnel sous-marinier est de 2 380 à Brest et de 1 140 à Toulon à bord de 6 SNA (sous marins d’attaque)dont la principales mission est la projection (opération avec groupe aéronaval, contrôle des menaces navales à la source, intervention contre des objectifs terrestres).
Trois objectifs ont été retenus en 1996 et confirmés par le projet de loi de programmation militaire 2003/2008 :
- Il s’agit tout d’abord de remplacer les deux sous-marins nuléaires lanceurs d’engins (SNLE) de type "Redoutable" restant en service par des sous-marins lanceurs d’engins de nouvelle génération (SNLE-NG).
- Le deuxième objectif est le remplacement du missile balistique M-4 en service sur les SNLE de type "Redoutable" par le missile M-45 doté d’une tête nucléaire nouvelle, la TN75.
- Le troisième objectif, déjà évoqué, concerne, à partir de 2010, le remplacement du M45 par un missile plus performant, le M-51, équipé dans un premier temps de la TN75 puis, en 2015, de la nouvelle tête océanique (TNO).
Le missile M 51 se caractérise par une portée, avec un chargement complet en têtes nucléaires, de 6 000 km contre 4 000 km pour le M45, ce qui peut permettre d'atteindre Pékin, depuis le large du Cap Nord... Plus lourd (53 tonnes), plus grand (12 m), plus "performant"( 1000 fois Hiroshima) que le M 45, c'est une soixantaine de missiles M51 qui se seront assemblés sur le site de Guenvenez. On ne connait pas le coût de chaque missile M51, celui d'un M45 est de 50 millions d'euros !
La simulation
La loi de programmation militaire, sur le plan nucléaire militaire, comprend l’accélérateur AIRIX, qui permet de visualiser les premiers instants de l’explosion, une batterie de calculateurs très puissants pour calculer de nouveaux types d’armes (c’est le seul aspect, à proprement parler, de "simulation") et le laser Mégajoule, qui réalisera de réelle explosions nucléaires pour comprendre l’amorçage de la fusion pure.
La force aéroportée
La composante aéroportée sera entièrement renouvelée à partir de 2007 par l’entrée en service des Rafale Marine (une flottille) et Rafale Air (trois escadrons), le remplacement du missile ASMP par I’ASMP amélioré (ASMP-A) et le remplacement de la tête nucléaire TN8 1 par la nouvelle tête nucléaire aéroportée (TNA). Le but vise à une présence sur des théâtres d’opération éloignés. Elle doit aussi être couplée à une défense antimissile dite de "théâtre" et un deuxième porte-avions sera construit en partenariat avec la Grande Bretagne.
Une technologie de pointe qui a ses ratés
Bien sur, il n’est pas de bon ton, dans ces cas là, d’évoquer les ratés. Ainsi en décembre 2002 : Le "Nouvel Economiste" rapporte que "les deux premiers sous-marins nucléaires français de nouvelle génération, Le Triomphant et Le Téméraire rencontrent, à l’instar de leurs homologues britanniques, de sérieuses déconvenues avec leurs sonars de coque, qui tombent souvent en panne. Selon le périodique, ces équipements assurent la sécurité active et passive des bâtiments."
En Aout 2004 : sous le titre : « Pas si Triomphant que ça », l’Humanité s’interroge : « le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins de nouvelle génération (SNLE-NG) aurait-il la poisse ? ». Le quotidien indique en effet que le Triomphant, construit à Cherbourg et mis en service en 1997 « s’était déjà signalé à la fin de cette même année par les fuites radioactives émanant des têtes nucléaires de ses missiles balistiques." [NDLR : un ouvrier électricien brestois Dominique Kerrien, avait été à cette occasion irradié et avait connu une leucémie aigüe] Cette fois-ci, c’est la chaufferie qui fait parler d’elle ». Le quotidien indique que "le sous-marin était en IPER depuis avril 2002 et devait reprendre la mer le 19/07", mais « cela n’a pas été possible » à cause de ce problème de chaufferie ; « conséquence : le Triomphant est cloué, au minimum, pour quelques semaines supplémentaires au bassin 10 de Brest ». En fait ce n’est pas des semaines mais des mois qui vont s’écouler.
Des sommes phénoménales englouties pour les armes nucléaires
Mais revenons, un instant, à notre chantier de Guenvenez où les missiles font régulièrement la navette entre la base et la pyrotechnie, pour révision, entre les missions. Il a fallu refaire des routes, réaliser 5 300 tonnes d’armatures acier. Les M51 étant plus lourds que les M45, il y a eu donc la partie levage et transport à adapter.
Les deux premiers étages des missiles seront assemblés dans les nouveaux bâtiments de la pyrotechnie de Guenvenez. Ils seront ensuite transportés par route, sur 4 kilomètres, à l’île Longue où leur sera adjoint le troisième étage, c’est-à-dire l’arme atomique. L’engin de 53 tonnes sera enfin descendu dans les tubes du sous-marin, qui en accueille seize au total.
Entrent aussi dans le cadre de ces travaux : l’installation d’un fil optique entre la base et Guenvenez, le raccordement de l’Ile Longue aux système d’assainissement du Fret, et la réfection de la chaussée. Son coût est de 100 millions d’euros. Une rénovation de luxe !
Somme énorme donc mais qui n’est pas grand chose dans l’ensemble du programme Missile M 51 : le coût global est en effet de 8 milliards d’euros( 50 missiles prévus). Une somme énorme à laquelle il faut ajouter le prix non connu des têtes nucléaires....
Somme gigantesque mais très minime par rapport à l’ensemble du coût de l’arsenal nucléaire français de 1945 à 2010 estimé à 228,67 milliards d’euros (source livre "Audit atomique" de Brunot Barillot du centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits). Le coût de l’arme nucléaire en France est estimée à 1,52 million d’euros par heure.
Alors que la pauvreté et l’exclusion se sont installées durablement dans notre pays,
Alors que la France compte au total quelques 4,5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté,
Alors que 500 000 personnes vivent en hôtel, en meublé ou en sous-location,
Alors que notre médecine et notre recherche manque de moyens pour mettre au point les médicaments ou les vaccins susceptibles de préserver de dizaines de milliers de personnes de maladies cruelles,
Comment accepter que la France, nation riche, qui a les moyens de relever ces défis "humains" fondamentaux, préfère ainsi engloutir des milliards d’euros dans un programme destinée à réaliser de nouveaux programmes de destruction massive ?
Conclusion
Comment ne pas s’élever contre la formidable duperie de l’Etat français (et des autres grands états nucléaires) ?
Cette politique viole complètement l’esprit du Traité de non-prolifération, qui date de 1970 et qui a été signé par la France en 1992 dont l’article VI stipule que : "Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace.
France signe aussi, avec 187 autres Etats lors de la Conférence de révision du Traité de Non Prolifération des armes nucléaires, à New York en mai 2000, un plan en 13 points pour l’élimination des armes nucléaires.
Mais durant la même période, la France a relancé des essais nucléaires extérieurs (décision de Chirac en 1995), contruit un laser pour réaliser la fusion par confinement inertiel (Mégajoule en France), installation destinées à l’étude d’armes nucléaires par des moyens expérimentaux et concevoir des armes à fusion pure et lancé le programme de nouveaux missles balistiques à grande distance M 51.
Pour conclure provisoirement cette réflexion sur la situation du nucléaire militaire en France, je vous livre un extrait de la déclaration finale de l’Assemblée générale annuelle du Réseau Abolition 2000, 2000 organisations non-gouvernementales dans plus de 90 pays réunis à New York, le 13 avril 2002 :
"Nous déplorons les faits suivants, malheureusement vrais, alors que la Traité de non-prolifération (TNP) est entré en vigueur depuis plus de 32 ans (1 juillet 1968) :
- Les programmes de modernisation des arsenaux nucléaires se poursuivent et les installations où ils sont conçus et fabriqués continuent leurs activités. La taille et la nature de ces programmes montrent que les Etats possesseurs d’armes nucléaires ont l’intention évidente de conserver leurs arsenaux nucléaires pendant de nombreuses décennies. De plus, ces Etats continuent de perfectionner leurs armes nucléaires et leurs vecteurs. (...)
- Comme cela a été récemment révélé par la publication de la nouvelle doctrine nucléaire américaine (Nuclear Posture Review), il est développé de nouveaux types d’armes nucléaires destinées à une éventuelle utilisation. C’est une remise en cause du processus de désarmement nucléaire car cela tend à légitimer les armes nucléaires comme outil de la force militaire d’une part et cela relance la probabilité d’une nouvelle course aux armements d’autre part.(...)
- La décision de l’Administration Bush de dénoncer le Traité ABM (anti-ballistic missile) et d’engager un programme ambitieux de bouclier antimissile impliquant de nombreux développements, hypothèque gravement le processus de désarmement nucléaire et va relancer vraisemblablement une course aux armements dans l’espace.
La défense de la démocratie, de la justice et de la paix ne peut pas cohabiter avec la menace d’anéantissement de populations. L’abolition des armes nucléaires est une urgence, des efforts internationaux pour promouvoir la paix et la justice sont des impératifs. (...)
Enfin nous appelons la communauté internationale à tenir sans délai une conférence pour négocier une Convention d’Abolition des armes nucléaires comportant un calendrier de mise en œuvre et des moyens de vérification appropriés".
